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La lecture, c'est la porte ouverte vers un monde infini d'idées, de rêves, de découvertes. Je vous présente quelques romans, analyses ou essais sur le cancer, ou la vie en générale, agrémentés de ma critique.

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20
mai
2018

"Les 5 regrets des personnes en fin de vie", BRONNIE WARE

Le 20 mai 2018 dans la catégorie Bibliothèque
"Les 5 regrets des personnes en fin de vie", BRONNIE WARE
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La vie. Une suite de leçons qui se répètent jusqu'à ce qu'elles soient apprises, me disait-on enfant. A la lecture de ce livre, je réalise la portée de ces mots. En récoltant confidences et témoignages de personnes au seuil de la mort, l'infirmière australienne Bronnie Ware nous offre la possibilité de faire nous aussi un bilan éclairant. Une chose que le diagnostic de cancer nous oblige également... Heureusement, nous verrons qu'il n'est jamais trop tard pour apprendre une leçon, et tout peut se résumer par un mot simple, parfois galvaudé: l'amour.

Voilà un ouvrage dont j’avais beaucoup entendu parler, mais qui restait introuvable dans les librairies belges. La maison d’édition Guy Trédaniel a procédé à une 4ème réimpression en 2018, et je ne me suis pas fait prier pour courir l’acheter.

La trame narrative est simple, l’auteure nous raconte son parcours de vie atypique. Éprise de liberté, elle sillonne les routes anglaises et de son Australie natale, posant ses valises et son van, quand le temps de gagner de l’argent devient pressant. De fil en aiguille, de rencontre en rencontre, elle se spécialise en auxiliaire de vie d’un genre particulier, auprès de mourant. Son empathie naturelle attire les confidences et ses patients à l’aube du grand passage lui partagent leurs regrets, leurs joies, ce qui a été le moteur de leur vie, ou ce qu’ils regrettent de ne pas avoir suivi, le plus souvent la voix (et la voie) de leur cœur.


1.      Je regrette de ne pas avoir eu le courage de mener une vie en restant fidèle à moi-même, plutôt que la vie que les autres attendaient de moi

2.      Je regrette d’avoir travaillé autant

3.      Je regrette de ne pas avoir eu le courage d’exprimer mes sentiments

4.      Je regrette de ne pas être resté en contact avec mes amis

5.      Je regrette de ne pas m’être permis d’être plus heureux

À cette lecture, je me suis demandé en quoi ces regrets nous touchaient tous, et particulièrement les personnes ayant eu un cancer, qui ont malheureusement (ou heureusement) dû un moment se demander ce qu’ils changeraient si la vie l’emportait.

Je pense que c’est un exercice quotidien de pratiquer la compassion et l’amour de soi, des autres et la gratitude envers ce qui nous est donné. C’est en tout cas ce que nous racontent ces histoires de vie.

1.      Je regrette de ne pas avoir eu le courage de mener une vie en restant fidèle à moi-même, plutôt que la vie que les autres attendaient de moi

Beaucoup d’entre nous se conforme à ce que leur éducation, la pression sociale ou une certaine culpabilité judéo-chrétienne attendent d’eux. Toutefois, j’ai l’impression que la génération Z s’en sortira mieux, mais ce n’est qu’un avis personnel. Nous sommes pour beaucoup à nous dire « quand les enfants seront plus grands, je ferai ce voyage rêvé », « quand j’aurai mon augmentation, je pourrai… ». Quand. Si. Des conditions à la réalisation de ce à quoi notre cœur aspire vraiment.

Partant du cas d’une de ses patientes octogénaires, mourante des conséquences d’une maladie (ici le mot cancer n’est pas toujours prononcé, bien que plus loin dans le livre, Bronnie Ware explique que c’est pour beaucoup le cas des personnes qu’elle a accompagné) ayant vécu avec un mari tyrannique, tout en rêvant d’ailleurs, elle se retrouve, une fois ce mari parti en maison de retraite, elle-même incapable physiquement d’entreprendre un voyage.

Rester fidèle à votre cœur peut paraître un brin égoïste. Ce regret ne nous dit pas de n’en faire qu’à notre tête, mais plutôt de commencer par pratiquer l’amour de soi, la compassion envers soi pour être plus présents aux autres. Quand nous faisons taire cette petite voix tapie en nous, nous empêchons les autres de profiter de l’étendue de notre amour. Pour imager mon propos, je dirais que l’arbre fruitier qui n’est pas arrosé ne pourra pas nourrir autant de personnes, d’oiseaux, offrir l’ombre de ses branches au voyageur fatigué que celui qui est nourri de l’intérieur.

2.      Je regrette d’avoir travaillé autant

Voilà un regret intéressant. À première vue, on pourrait penser à une variation de carpe diem. Bien sûr on s’en rapproche. Mais ce qui est sous-entendu ici, c’est que le travail ne doit pas nous éloigner des autres, que le travail pour le travail (ou à la seule fin d'amasser des biens) n’est pas une fin en soi. Il est bien entendu que travailler pour combler les besoins primaires d’un toit et de la nourriture soit important.

L’auteure nous parle plutôt ici des personnes pour qui ce n’est jamais assez, et qui au seuil de leur vie, se rendent compte qu’elles sont passées à côté de l’essentiel, tel ce diplomate qui n’a pas vu grandir ses enfants. Voici ce qu’il nous dit : « Il n’y a rien de mal à aimer votre travail et à vouloir vous y consacrer. Mais il y a tant d’autres choses dans la vie. L’équilibre est ce qui importe, garder un équilibre ».
L’amour de ce que l’on fait est un critère important, si l’on en croit tous ces témoignages. Le travail n’est alors un travail en soi, mais devient une extension de nous-mêmes qui nous donne une grande satisfaction. Le tout est ne jamais oublier l’équilibre, et c’est un exercice quotidien.

Il y a aussi l’histoire de ce fils dont la vie professionnelle est un succès. Quand il se rapproche de son père mourant, son ordre des priorités change, il finira par changer de travail pour mener une vie plus simple, mais plus heureuse écrira-t-il à Bronnie environ 1 an après la mort de son père.

3.      Je regrette de ne pas avoir eu le courage d’exprimer mes sentiments

Imaginez, un homme se meurt d’une maladie grave (cancer ? nous ne le saurons pas), il essaye de parler avec sa famille, mais ceux-ci évitent le sujet, lui coupe la parole en lui disant « ne dis pas de sottise, ça va aller, tu seras bientôt en grande forme ». Ce faisant, ils croient bien faire, lui éviter la peur (ou la leur ?) et adoucir sa fin de vie, alors qu’en réalité ils lui nient la possibilité de dire ce qui lui restait sur le cœur, ou l’amour qu’il a pour eux.

Combien de fois taisons-nous ce que nous ressentons pour les autres, par peur de passer pour faibles ?

Une autre histoire bouleversante nous est rapportée dans le livre. Jude, une jeune maman qui avait coupé les ponts avec sa famille qui n’acceptait pas son mariage avec un homme de classe sociale « inférieure » se meurt. Elle devient si faible, qu’elle ne peut bientôt plus communiquer qu’avec un logiciel spécial qui capte son regard sur les lettres du clavier. Bien qu’en fin de vie, sa maman refusait toujours de venir la voir. Malgré cela, Jude lui écrira une lettre lui déclarant son amour, et sans rien attendre en retour. Pour connaître la réaction de sa maman, je vous invite à lire le livre.

On comprend juste que nous pouvons taire nos sentiments en écoutant notre égo trop orgueilleux. Ce faisant nous empêchons le processus de guérison, non pas physique, mais émotionnel.

4.      Je regrette de ne pas être resté en contact avec mes amis

Tout est dit dans l’énoncé… le temps, la distance, la routine, nous font oublier de nourrir les relations qui nous font du bien. Prenez le temps et soin de vos amis ! Encore une fois, en faisant fi de votre fierté (puisqu’ils ne m’appellent plus, pourquoi je devrais appeler ?) ouvrez votre porte.

Bronnie nous parle de la différence entre ses contacts sociaux et ses amis. En effet, dans une véritable amitié le silence a sa place, et la tristesse peut s’exprimer.
Quand on est frappé par le cancer, certains amis quittent le navire, d’autres sont encore plus incroyables que ce que nous pensions, et enfin certaines connaissances se dévoilent être de merveilleux amis.

5.      Je regrette de ne pas m’être permis d’être plus heureux

Rosemary, une patiente de Bronnie, a eu une vie difficile. Ce fut l’une des premières femmes PDG de son époque dans sa région, qui a divorcé d’un mari violent (ce qui ne se faisait pas à l’époque) et elle a dû s’endurcir. Ce qui lui servit de mode de survie au début devint une carapace qui l’empêcha d’être heureuse et la rendit aigrie. Agacée par son auxiliaire de vie souriante, elle finit par lui demander pourquoi elle est toujours souriante et chantonnant. La réponse la surprendra : par choix. Oui, nous pouvons choisir le bonheur même dans l’adversité si l’on se donne la permission de l’être.

Un soir, réalisant qu’elle arrivait au bout de chemin, Rosemary déclara « Nous pouvons nous empêcher d’être heureux parce que nous pensons que nous ne le méritons pas ou parce que nous laissons entrer l’opinion des autres en nous les appropriant. Mais ce n’est pas ce que nous sommes n’est-ce pas ? nous pouvons être tout ce que nous nous permettons d’être. Mon dieu, pourquoi n’ai-je pas réfléchi à cela plus tôt ? quel gâchis ! ». Invitée par Bronnie a plus de douceur envers elle, Rosemary terminera sa vie en focalisant son attention non pas aux années « perdues » mais à la beauté d’un rayon de soleil, à un éclat de rire partagé, et elle mourra heureuse. Enfin.